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1995

13. Port-Vendres/Cadix/Nantes

Samedi 11 novembre.
0 heure. Quart avec Loïc. Cap au 40-45. Pluie battante. La veille au gaillard est éprouvante et la visibilité est quasi nulle. Mal aux dents. Le premier lieutenant nous annonce un coup de vent pour demain “ça va être sportif!”. J’espère pouvoir me lever assez tôt pour ne pas manquer l’arrivée à Lorient.
7 heures. Sitôt levé, je monte sur le gaillard. Il fait encore nuit. On voit sur tribord la côte avec ses groupes de lumières scintillantes. Une zone obscure, c’est Groix qui masque Lorient. À sa pointe ouest, un puissant phare. Je vais à la timonerie consulter la carte. Il ne pleut plus, la température semble douce. Mer belle. La pointe du Talut est signalée en gras à l’ouest de Lomener.
7 heures 30. Il bruine. Je croise le commandant guilleret “voilà la terre, voilà la terre bretonne”. On réduit la vitesse à 5 nœuds. La ville de Lorient se signale par une lueur rose orangé dans le ciel.
7 heures 45. Crachin. Le jour se lève. La côte est dans la brume. Je n’arrive pas à voir le feu de la pointe du Talut. Groix se rapproche peu à peu.
8 heures 30. La côte devient distincte. Je reconnais la plage de Fort-Bloqué. Il pleut.


La Jument.


Port-Louis.

9 heures. Je distingue l’anse de Port-Vril et la maison.
9 heures 30. Nous rentrons dans Lorient. Que de souvenirs. Port-Louis.


Base des sous-marins.


Capitaine Byron (?).

10 heures. Nous venons à quai, les lamaneurs sont là. Il pleut toujours. Derrière les entrepôts frigorifiques, les barres de bétons découpées en escaliers. Sur la droite, le port militaire avec une frégate furtive en grand pavois, c’est le 11 novembre. Le bosco saute à terre et, à la façon du pape, fait mine d’embrasser le sol à genoux. La Bretagne, enfin de retour!


Fifi, bateau norvégien de Grimstad.

L’ambulance arrive peu après prendre en charge le malade et sitôt partie, on entreprend déjà les préparatifs d’appareillage.


Kreiz er Mor, courrier de l’île de Groix, CMN.


Lamaneur.

10 heures 45. Les amarres sont larguées.
11 heures. La cloche, l’heure du repas. Je ne verrais pas la sortie du port. J’entends que l’on brasse sur le pont.
12 heures. Fatigué, je vais m’allonger. Il a cessé de pleuvoir.
16 heures. Réveil. Le bateau roule fortement. Plus de bruit de moteur. Je monte prendre un café et fumer une cigarette. On ne voit pas la côte. La mer est agitée et il pleut. Nous sommes sous voilure réduite. Seulement les huniers et la misaine. Des centaines de mouettes se laissent bercer par la houle sur le bord au vent.
17 heures. Je passe à la timonerie. Nous sommes au sud des Glénan. Le ciel est lourd.
18 heures. Virement de bord lof pour lof, dans la nuit, sous la pluie.
18 heures 30. Je suis sonné, K.O. Enlever mes bottes et mon pantalon ciré me paraît un effort surhumain. Une mélodie à la cornemuse s’échappe dans le vent. Après le tumulte de la manœuvre et l’effort, le bateau est calme. Un genre de passereau, visiblement épuisé et trempé, se repose à l’abri de la pluie, sous le gaillard. La fatigue a raison de ses instincts farouches. Matelotage dans le compartiment sous gaillard, on fait une épissure sur une aussière, un autre réalise une boule de touline. Le bosco, le regard souvent vers le ciel, surveille la mâture. Il me montre le feu rouge de l’île de Penfret, qui troue la nuit maintenant complètement tombée. La cuisine, aux vitres embuées s’active, l’heure du service arrive. C’est l’heure calme, certains le regard au loin, se calent dans un coin, loin des autres et se perdent dans leurs pensées.
21 heures. Calme plat. Le vent est tombé. Le bateau roule d’un bord sur l’autre au gré de la houle. L’avis de coup de vent force 8 à 9 est plutôt raté. Si le peu que la météo en grève nous fournit ne tombe pas juste…

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