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histoire du belem

1897, second voyage

Sitôt les réparations terminées (suite au grave incendie de cale du premier voyage), le Belem prend un chargement de pavés des carrières de Saint-Anne, afin de servir de lest, pour aller à Montevideo. Un nouveau capitaine est désigné, François Rioual, alors âgé de 26 ans. C’est le premier commandement pour ce jeune homme originaire de Binic qui vient d’obtenir, un mois plus tôt, son brevet de capitaine au long cours à l’école hydrographique de Paimpol. Rioual a gravit tous les échelons de la Marine marchande : il a commencé comme mousse, à l’âge de 12 ans, sur le trois-mâts barque le Penseur.

Parti le 11 mars, dès le lendemain le vent forcit. Le grand foc est déchiré. Le bateau et l’équipage doivent supporter des conditions difficiles jusqu’au 19 mars. Ils franchissent l’équateur le 15 avril, passage rituel qui donne lieu au baptême de 5 matelots (dont le jeune frère de Rioual, Louis, embarqué comme mousse).

Les 4 et 5 mai, le bateau affronte un mauvais coup de pampero au large des côtes uruguayennes.

Arrivé le 7 mai, le Belem embarque à Montevideo non seulement des mules comme à son premier voyage, mais également des moutons (une brebis donnera vie à un agneau pendant le voyage), et bien sûr de quoi nourrir tout ce troupeau. Le départ se fera le 30 mai.

François Rioual note le surcroît de travail occasionné par sa remuante cargaison sur le livre de bord :

« Les hommes ont embarqué 82 sacs de son, 529 balles de foin, 704 balles de luzerne, 828 sacs de maïs, 18 pièces d’eau pour les animaux. Un hôpital a été installé pour les soigner. »

« 14 juin. 11 h 30. Une mule tombe. On ne peut la relever. Mis cette bête dans l’hôpital où on a frotté ses jambes avec de l’eau de vie camphrée. Elle boit et mange mais refuse de se lever. Minuit : la mule crève sans avoir donné signe de souffrance. Cinq hommes ont dû s’affairer pour la jeter par-dessus bord. »

« 18 juin. Nuit horrible pour les animaux. Roulis violent. Une deuxième mule mise à l’hôpital a un abcès à l’œil par suite d’une morsure. À huit, on met l’animal sur la sangle afin de la maintenir debout. Sinon il crève. »

« 19 juin. Une mule tombe mais n’est pas malade : on ne peut l’approcher. Elle mord tout le monde. »

« 20 juin. La mule ayant un abcès crève. Les hommes s’épuisent pour la monter sur le pont et la jeter à la mer. »

« 24 juin. 8 h 45. Une mule commence à saigner du nez. On ne peut étancher son sang qu’à 11 heures. Elle a perdu 4 litres de sang. Elle se porte bien et a bon appétit. »

Comme en témoigne le journal de bord, les cent onze mules apprécient peu les conditions de navigation et plusieurs d’entre elles périront avant l’arrivée au port de Belém le 27 juin.

L’accostage se passe mal, le Belem s’échoue. Il faudra attendre deux jours que la marée puisse dégager le bateau.

« Chaleur étouffante. Les mules tombent comme des mouches. »

On débarque les survivants le 30 juin : 99 mules, 63 moutons et brebis et l’agneau de 7 jours. Puis on se met à la remise en état de la cale.

Pour son retour vers Nantes, le Belem prend sa première cargaison de cacao brésilien (4 210 sacs).

Le bateau quitte Belém le 14 juillet et après 38 jours en mer, atteint l’estuaire de la Loire. Il est retenu 24 heures pour désinfection au lazaret de Mindin, en raison d’une épidémie de fièvre jaune.

Récit de ce voyage par Louis Lacroix, capitaine au long-cours :

« Cinquante-neuf jours après son départ, il arrivait à destination [Montevideo] et embarquait cent onze mules et soixante-cinq moutons pour le Pará [Belém] à nouveau ; il y arriva le 27 juin 1897, après vingt-huit jours de mer et ayant perdu huit mules à la suite de mauvais temps éprouvé en cours de traversée. Après mise à terre de sa cargaison et embarquement d’un plein de cacao pour Nantes, il appareilla pour ce port dont il obtint la libre pratique le 21 août, lorsqu’il eut été désinfecté au lazaret de Mindin, où tous les objets de literie du bord furent brûlés par ordre de la Santé en raison de la fièvre jaune qui régnait au Brésil au moment de son départ du Pará. » [LAC.]

François Rioual.

Le capitaine François Rioual.

Jean Noli, dans le texte de l’album Le siècle du Belem paru en 1996, nous livre un portrait romancé du jeune capitaine :

« Le trois-mâts barque Le Penseur a été son premier embarquement. Il n’avait que 10 ans et il était mousse. À 15 ans, il était nommé matelot-léger avant de devenir matelot quatre années plus tard. Son service militaire dans la Royale, comme canonnier, dura 24 mois. À 24 ans, quand il entreprit des études pour devenir capitaine au long-cours, il avait déjà vécu onze années et trois mois sur les bateaux. À 26 ans, il décrochait son brevet tant espéré de capitaine au long-cours. Le 17 fevrier 1897, François Rioual, de Binic, reçoit sont premier commandement : le Belem.

C’est un homme charpenté, puissant, calme, autoritaire mais juste. La vie de matelot, il la connaît. Une vie passée à trimer sur le pont ou dans la mâture. Chaque muscle de son corps a forci à force de manœuvrer. Il a connu le froid, la souffrance et ces silences oppressants, au poste d’équipage, les oreilles aux aguets pendant que les tempêtes secouaient méchamment le navire. Il a appris à respecter les hommes, ceux qui osent affronter les furies océanes. Il a choisi avec soin son équipage. Son second est Le Barillec, de Damgan. Le bosco se nomme Le Port, de Carnac. L’équipage se compose de Dupont, un nantais, cuisinier ; Rival, malouin ; Le Port, un lorientais ; Celu, vannetais ; Le Trionnaire, nantais ; Chanteau, de Noirmoutier. Ce sont les matelots. Bertie, d’Étel, et Lesquelen, d’Étables-sur-mer sont matelots-légers. Canivet, de Pont-Aven, et Louis Rioual, de Binic, le jeune frère du capitaine, sont les mousses. »

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