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1979, le retour en France

En 1977, un chirurgien de Venise, Renato Gambier, prévient son ami français, le médecin Luc-Olivier Gosse, que le Giorgio-Cini est en vente.

M. Gosse, un passionné des choses de la mer, chirurgien à Chatou (Yvelines), avait découvert le navire lors de vacances à Venise en 1970. Il avait demandé et obtenu l’autorisation de la Fondation Cini de visiter le beau bateau de l’île San Giorgo :

Le 1er mai 1970, à Venise, le vaporetto qui va de la place Saint-Marc à l’Isola San Giorgio fendait la lagune sous un magnifique soleil levant. Il était sept heures trente et j’étais, touriste tôt levé, l’un des rares passagers en ce début de journée traditionnellement consacrée au repos. Le Giorgio Cini était là, dans le petit port de l’île. Le Giorgio Cini, trois-mâts goélette servant de navire école à la Fondation Cini, avait attiré mon attention quelques jours plus tôt et le gentil directeur de la Fondation m’avait très gentiment autorisé à monter à bord.

J’ignorais alors tout du Georgio Cini, aussi quelle ne fut pas mon émotion lorsque je découvris sur le fronteau de dunette un cadre en cuivre, rond comme un hublot, protégeant une peinture en couleur exécutée à même la cloison. Le dessin un peu naïf représentait un trois-mâts barque. À la partie supérieure un nom : Belem, à la partie inférieure un autre nom : Nantes.

J’étais à bord de l’un des derniers bateaux à voile long-courriers de l’ancienne marine française de commerce. [GOS.]

En 1972, le bateau est cédé gracieusement par la Fondation aux carabiniers qui souhaitent disposer d’un navire de prestige et qui sont prêts à investir dans les travaux nécessaires pour sauver le bateau.

Le Giorgi-Cini part pour le chantier naval, Cantieri Navali e Officine Meccaniche di Venezia (CNOMV). Les deux moteurs Bollinder datant de la première guerre mondiale sont remplacés par deux Fiat de 300 chevaux. Des groupes électrogènes sont installés. Le gréement en trois-mâts carrés est rétabli, et la mâture haute ainsi que le beaupré qui étaient en bois sont changés pour des mâts en acier. Seules les vergues de perroquets et de cacatois demeureront en bois. Les ponts de dunette et de gaillard ainsi que le spardeck sont refaits. Quelques tôles de bordé sont remplacées (à la proue et au milieu).

En 1976, les carabiniers n’ont plus les moyens de payer les factures du chantier naval et renoncent à leur bateau-école. Il devient donc la propriété du chantier qui espère le revendre pour couvrir ses frais.

Le temps passa. Je retournai à Venise en 1975 ; le Giorgio Cini avait quitté le port de l’île San Giorgio pour les chantiers navals de Venise. La Fondation Cini avait fait don du navire aux Caribinieri. Ceux-ci, voulant transformer le vieux navire en navire de prestige, commandèrent de grands travaux. Malheureusement la facture fut trop lourde. Aussi, en dédommagement, les Chantiers navals de Venise devinrent propriétaires du Giorgio Cini le 14 septembre 1976 et à la fin de la même année le mirent en vente sur le marché international.

C’est en mai 1977 que mon excellent ami le professeur Renato Gambier, chirurgien des Hôpitaux de Venise, m’informa de cette nouvelle. [GOS.]

À la nouvelle de la vente, Luc-Olivier Gosse contacte immédiatement l’Association pour la Sauvegarde et la Conservation des Anciens Navires Français, fondée en 1975 par Jean-Pierre Debbane, Jean Randier et Bernard Tarazzi.

Le 30 octobre 1977, une délégation de l’association vient visiter le Giorgio-Cini à l’arsenal de Venise et rencontrer le directeur du chantier, Antonio Marceglia. Le prix de vente, 5 millions de francs, décourage un peu les membres de la délégation française, mais dès leur retour, ils commencent à faire le tour des institutions en quête de financements. Le ministère de la Défense promet une subvention ainsi que celui des Transports et le Secrétariat général à la Marine marchande (2 000 francs !).

À l’occasion de cette visite en octobre 1977, Luc-Olivier Gosse constate que le beau cadre circulaire en cuivre qui protégeait la peinture du fronteau de dunette a disparu, sans doute enlevé temporairement pour passer du minium.

Parallèlement, une association vénitienne a vu le jour dans le but de racheter le Giorgio-Cini qui fait désormais partie du paysage de la lagune. C’est une concurrence sérieuse pour les Français, d’autant plus qu’une banque italienne s’est déclarée prête à financer le projet.

Un appel aux dons est lancé au grand public, mais il restera sans grand résultat. L’Amicale Internationale des Capitaines au Long-Cours Cap-Horniers soutient l’action de l’ASCANF. Maurice Denuzières écrit un premier article sur l’entreprise de sauvegarde dans le quotidien Le Monde du 24 mai 1978, “Un trois-mâts loin de sa patrie”. Une émission de Thalassa sur FR3 lui est principalement consacrée en septembre 1978.

Ce n’est qu’en octobre 1978 que le mécène tant attendu fait son apparition : l’Union Nationale des Caisses d’Épargne de France et deux hommes, Jérôme Pichard, délégué général de l’Union, et M. de Maulde, directeur du Trésor.

En novembre 1978, une mission de la Marine nationale et de la Direction des Constructions et Armes Navales (DCAN) examine l’état du bateau.

Le 26 janvier 1979, Jérôme Pichard, Luc-Olivier Gosse, Jean-Pierre Debbane et l’ingénieur Kerlerent se rendent à Venise. Le 27, au chantier, une longue (7 heures) mais courtoise négociation s’entame avec Antonio Marceglia à l’issue de laquelle le prix est baissé de 500 000 francs. C’est donc pour 4,5 millions de francs que le Giorgio-Cini est vendu. Certains vénitiens expriment dans la presse leur désespoir de voir le navire quitter la lagune.

Quelques travaux complémentaires sur la coque sont demandés au chantier et, cadeau des Italiens, le nom du bateau est changé, de Giorgio-Cini, il redevient le Belem de Nantes. La grande timonerie du spardeck est enlevée.

Il fallut changer quelques tôles du bordé de la coque et les pavois. À certains endroits, au niveau du livet de pont, l’état d’usure du bord inférieur du clin de pavois et de la cornière extérieure de la serre-gouttière était tel que l’eau s’infiltrait dans l’entrepont. Les travaux furent menés rondement et, début août, le navire était prêt pour son départ. [GOS.]

Le 15 août 1979, il est remis en mer, à la limite des eaux territoriales italiennes, au remorqueur de la Marine nationale, l’Actif, sous les ordres du maître principal Nivault, qui va le ramener à Toulon.

La remorque de 200 m est établie à partir d’une patte d’oie frappée sur les chaînes de mouillage sortant par les écubiers. L’Actif file 5 à 8 noeuds.

Les 19 et 20 août, une escale est faite à Augusta en Sicile. Le 21 août, le Belem reprend la mer. Il passe le détroit de Messine, puis l’île d’Elbe et le cap Corse sont reconnus le 23 août. Chaque jour, l’équipage du remorqueur se rend à bord pour vérifier que tout se passe bien.

Le remorquage du Belem.

Dix jours après avoir quitté Venise, le 25 août vers 16 heures, il entre au port de Toulon et est amarré au quai Noël.

Le 5 septembre 1979, le remorqueur de haute-mer l’Éléphant le prend en charge pour le mener à Brest. Le 11 septembre, une escale technique est faite à Lisbonne, et le navire passe devant la Tour de Belem. Les Portugais lui font un accueil extraordinaire. Le 17 septembre, rejoint à la pointe Saint-Mathieu par les goélettes de la Marine nationale, l’Étoile et la Belle-Poule, par le cotre le Mutin et la vedette de l’amiral-préfet maritime de Brest, le Belem entre triomphalement dans la rade, salué par les bateaux-pompes de l’arsenal.

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