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2002

2002, Bermudes/Açores : bulletins quotidiens

Bulletins quotidiens, écrits à bord par le second capitaine, Éric Saint-Plancat :

Stage Saint-George (Bermudes) - Ponta Delgada (Açores)

Samedi 15 juin 2002.
Départ de St. George à 10 h 00. Embarqué 20 stagiaires.
Position à 12 heures :
Latitude 32° 29,78 minutes Nord
Longitude 064° 23,43 minutes Ouest
Et c’est reparti…
Le départ fut émouvant, surtout pour les stagiaires de l’étape précédente, tous présents sur le quai. Trois coups longs, de grands signes de la main, et même quelques larmes au coin de l’oeil chez certains (certaines ?). Un voisin a répondu au salut en soufflant trois coups longs dans un gros coquillage, alors que nous mettions le cap vers la sortie.
Le vent est au rendez-vous, une jolie brise de Sud-Ouest que l’on aimerait bien garder le plus longtemps possible, voire jusqu’au bout de la grande mare dont nous amorçons la traversée. Pour l’instant nous maintenons une vitesse de presque 8 noeuds, avec toute la toile qu’il nous est possible de porter.
Les nouveaux stagiaires prennent leurs marques, et apprivoisent leurs estomacs. La plupart sont des redoublants et la vie à bord leur est familière. Nous devions leur présenter Alexandre, mais celui-ci a pris les devants en démarrant son scooter sous leurs yeux, sans enlever l’antivol… Croyez-nous, sans lui le voyage serait moins pittoresque !
Amicalement, l’équipage.

Dimanche 16 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 33° 38,75 minutes Nord
Longitude 060° 55,95 minutes Ouest
Une fin de nuit pied au plancher, le vent s’est un peu fâché mais nous n’avons pas molli : record du voyage pulvérisé avec une pointe à 12 noeuds et plus de 10 noeuds de moyenne sur 4 heures…
Y’a pas, quand tout va bien, la voile carrée ça pousse fort !
Depuis ces excès de vitesse, les vents sont un peu farceurs vu que la dépression nous dépasse gentiment. Mais brasser un peu de temps en temps, entre les réunions informatives, maintient les stagiaires en bonne condition physique.
Alexandre est tout à la préparation des messages en quatre langues qu’il veut mettre dans des bouteilles. Ça vous paraît peut-être simple, bien ce ne l’est pas du tout. Nous vous raconterons demain le lâché de bouteilles à la mer. En tout cas si vous en trouvez une sur une plage bretonne cet été, soyez gentil de lui répondre, il s’est donné beaucoup de mal !
Amitié et à demain, l’équipage.

Lundi 17 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 34° 56,75 minutes Nord
Longitude 057° 40,99 minutes Ouest
La dépression qui nous a lancés depuis les Bermudes est passée devant. Le grand beau temps est revenu et nous avons pu ranger les cirés qui étaient sortis prématurément des sacs. La houle s’atténue et le roulis aussi ce qui n’est pas un mal. Le vent de Sud-Ouest se maintient à une quinzaine de nœuds, nous assurant une vitesse de 6 à 7 nœuds sous voiles pour l’instant.
Le lâcher de bouteilles d’Alexandre a demandé une préparation considérable, et beaucoup de réflexions diverses, mais le résultat fut remarquable. Il avait prévu d’en lancer 7, mais le second capitaine en a sauvé une in extremis, la trouvant trop belle pour être sacrifiée (rendez-vous compte, une bouteille de rhum de précision…). Les six restantes, contenant le précieux message sur une vieille carte marine et scellées au brai, ont été lancées à 18 h 54 conjointement par Alexandre et le commandant en présence de l’ensemble des stagiaires. Ce moment historique fut vécu avec une émotion aussi profonde qu’éphémère.
La journée s’est achevée avec une superbe lumière, mettant en valeur la voilure.
Amicalement et à demain, l’équipage.

Mardi 18 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 35° 34,92 minutes Nord
Longitude 054° 47,46 minutes Ouest
Nous avons tenu sous voiles jusqu’à trois heures du matin, mais il a bien fallu diéséliser la fin de nuit. La brise de Sud-Ouest est revenue en matinée, mais de toute évidence nous subissons un courant contraire et nous allons devoir à nouveau utiliser les hélices la nuit prochaine. Croyez-nous, nous en sommes désolés mais il faut bien avancer si vous voulez revoir le navire en France le 14 juillet…
Malgré ce manque de vent, le moral des troupes reste excellent : d’abord il fait un temps magnifique, ensuite le navire ne roule plus, et les stagiaires ont eu droit à des conférences, respectivement sur les baleines par Alexandre (qui a toujours une pensée pour ses bouteilles perdues au milieu de l’océan), et sur les requins par le docteur Maniguet. Et oui, aujourd’hui le commandant a décidé de prendre des vacances bien méritées.
Tiens justement, voilà notre Alexandre qui arrive avec une manche à air flambant neuve sur la tête et son sourire d’enfant sur la tête, ravi d’avoir trouvé un nouveau filet à plancton… Reste à savoir si Daniel sera d’accord…Vous le saurez demain si vous restez à l’écoute.
L’équipage.

Mercredi 19 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 36° 23,15 minutes Nord
Longitude 051° 40,46 minutes Ouest
Toujours sous le soleil, et toujours sous voiles…
Nous avons changé d’heure, 4 heures de moins que la France.
Daniel a promis de confectionner pour Alexandre une nouvelle manche à air pour ses études scientifiques. Nous vous tiendrons au courant.
Un ketch d’une douzaine de mètres, voiles en ciseaux, nous a doucement rattrapé puis dépassé cet après midi. Ses occupants sud-africains, un couple en voyages de noces et un petit chien, sont en route de Saint-Martin sur l’Angleterre via les Bermudes. Ils nous ont appris qu’ils étaient en manque de…tabac. Nous ne pouvions décemment pas les laisser dans une telle situation. N’écoutant que leur courage, Éric et Sébastien ont sauté dans le zodiac pour leur porter une cartouche de cigarettes. Bonne route et bon vent à eux…
Après cet épisode héroïque, le commandant en personne a initié les stagiaires à l’ascension de la mature. Juchés sur la hune de grand mât, ils ont fait une bonne blague à Alexandre en hurlant qu’ils voyaient des baleines… Faut dire que c’était crédible, le souffle du cétacé étant parfaitement imité par Daniel, caché dans le filet du beaupré avec la manche à incendie pointée vers le ciel. Le coup, il faut bien l’avouer était prémédité depuis quelque temps déjà…
Finissons avec un salut personnel de Laurent, qui est avec nous depuis Fort-de-France et qui nous accompagnera jusqu’à Saint-Nazaire, pour sa maman et Yves de Montréal.
Amitiés et à demain, l’équipage.

Jeudi 20 juin 2002.
Position à 12 heures.
Latitude 36° 59,15 minutes Nord
Longitude 048° 15,25 minutes Ouest
Nous jouons de malchance avec les vents. Jusqu’ici on se disait qu’au pire on n’aurait que des vents faibles mais portants. Eh oui, mais surprise cette nuit avec un front donnant un ciel tout gris, du froid, de la pluie, et des vents… de Nord-Est…Obligés de carguer les voiles carrées qui faisaient office d’aérofreins, et de mettre au moteur. Les vents contraires sont toujours présents, ce soir, mais au moins nous avons retrouvé un peu de ciel bleu. Malgré tout on sent que les tropiques sont loin derrière, et la petite laine est de mise.
Elle était un peu plus nord qu’estimé, mais nous l’avons trouvée quand même : la bouée postale numéro MP 254 (MP pour Maritime Post), par 37°04,3’ N et 047°27,1’ W, bien visible avec sa couleur jaune caractéristique de ces bouées dérivantes au milieu des océans, bien connues des navigateurs qui y laissent du courrier (non urgent de préférence), régulièrement relevées par les navires câbliers. Vous êtes sceptiques ? Et bien nos stagiaires l’étaient aussi, jusqu’à ce qu’ils la voient de leurs yeux. Ils ont ainsi dû écrire leur courrier au dernier moment mais le commandant a bien voulu attendre à proximité, le temps qu’il fallait. Puis Cédric, Andrew et Claire sont allés avec le zodiac mettre la trentaine de cartes postales dans la bouée. Les destinataires recevront le courrier estampillé MP254, ainsi que le nom du navire releveur et de la position de la bouée à cet instant. Exceptionnel pour les marcophiles…
Peu après nous avoir remis en route, en plein cours de matelotage sur le spardeck, nous avons enfin vu des baleines, et des vraies cette fois… L’excitation d’Alexandre était à son comble, mais elle était partagée par tous. Une bande de dauphins est aussi venue jouer avec nous.
Un clin d’œil de Claire à ses parents et à sa Tit’Eve…
Amitiés et à demain. L’équipage.

Vendredi 21 juin 2002.
Position à 12 heures.
Latitude 37° 32,73 minutes Nord
Longitude 044° 38,05 minutes Ouest
On en avait marre d’entendre les moteurs, et puis on commençait à s’ennuyer. Un peu d’exercice ce matin en remettant sous voiles, même si évidemment avec des vents de nordet le cap n’est pas très bon…
Les shorts sont rangés, à part pour quelques irréductibles (dont le commandant, mais jusqu’où tiendra-t-il ?), mais le soleil est toujours là et le baromètre s’envole vers les sommets, son aiguille sera bientôt en butée.
Entretien des cuivres et des vernis, conférence et pratique du sextant cet après-midi. Après tant d’activités, le punch sera bien mérité.
Ah Ah Ah… La célèbre blague de la bouée postale, vieille comme la marine marchande, n’a sans doute jamais été poussée aussi loin et avec autant de succès qu’hier. Il faut reconnaître que cette superbe MP 254 jaune, parfaitement imprévue, ne pouvait pas mieux tomber… Si nos stagiaires ont tous plongés, tant la situation semblait réelle, il sera impossible de savoir combien d’internautes y ont cru. Mais vous ne nous ferez jamais croire qu’il n’y en a eu aucun…
Amitié, sans rancune et à demain…
L’équipage.

Samedi 22 juin 2002.
Position à 12 heures.
Latitude 37° 42,74 minutes Nord
Longitude 041° 54,20 minutes Ouest
Aujourd’hui ce sont les stagiaires qui prennent la plume:
Bonjour à toutes et à tous,
Le coup de la bouée postale, y avez-vous cru ? Nous oui, et de belle manière… La révélation de la vérité s’est faite lors du punch, dans la joie et la bonne humeur, et, le rhum aidant, tout a fini en chanson comme il se doit.
Dans la soirée, retour à la dure réalité: manque de vent, il faut tout carguer et se préparer à une nuit au moteur.
Aujourd’hui, c’est une “journée à baleine”, comme dit Alexandre. Mammifères marins matin, midi et soir. Dauphins bleus et blancs, pseudorques furent bien au rendez-vous.
Les activités du bord continuent, palliant au manque de manoeuvre dû à l’absence de vent favorable mais nous gardons bon moral, car, comme dit le commandant: “naviguer c’est s’adapter”…
Amicalement,
L’équipage stagiaire, promotion MP 254.

Dimanche 23 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 38° 24,63 minutes Nord
Longitude 037° 55,38 minutes Ouest
Un dimanche sous voiles et soleil …
Encore des bestioles aquatiques et soufflantes ce matin, pour la plus grande joie de tous, et d’Alexandre en particulier. Son filet à plancton est presque prêt, c’est fou ce qu’on peut faire avec une manche à air et un pot de confiture…
Les stagiaires ont mis le paquet sur l’entretien, et les vernis vont bon train. Il faut que le navire soit tout beau pour son retour…
Amitiés, bonne semaine et à demain, l’équipage.

Lundi 24 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 38° 55,28 minutes Nord
Longitude 035° 01,95 minutes Ouest
Autant l’avouer, nous sommes au moteur. Mais que faire d’autre quand il s’agit de remonter une brise de 20 à 25 nœuds de secteur Est, et arriver quand même aux Açores après demain ?
La vie du bord, pour autant, n’est pas monotone : nous briquons, frottons, piquons, peignons, calfatons, matelotons, épissurons, conférencons, siestons, cuisinons, quichalognons, mangeons, vaissellons, bricolons, rêvons, lisons, écrivons, observons, baleinons, dauphinons, discutons, rions, ponçons, grattons, vernissons, re-mangeons et re-siestons…
Bref nous naviguons, et nous sommes tous bien contents…
Amicalement, l’équipage.

Mardi 25 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 38°53,61 minutes Nord
Longitude 031° 34,48 minutes Ouest
Superbe journée… qui commence avec un coucher de lune et lever de soleil simultanés. Puis nous avons mis sous voiles, alors qu’un requin marteau nous tenait compagnie. Nous avons pu le voir de vraiment près, mais personne n’a voulu aller nager avec lui, pas même Alexandre…
La terre est apparue vers midi, l’île de Flores qui est la plus au nord-ouest de l’archipel des Açores. En fin de journée nous en sommes très proches et pouvons admirer ses hautes falaises. Les stagiaires tournent autour du navire dans le zodiac, prenant des photos dans la belle lumière du soir. Nos amis les dauphins sont toujours là et Alexandre est parti à leur rencontre. Il a aussi testé son tout nouveau filet à plancton offert par le commandant : sa pêche est aussi fructueuse que surprenante, les bestioles capturées étant difficiles à décrire…tant leur allure générale est “spermatozoidienne”, mais d’un rouge vif… Surprising, isn’t it ?
Nous sommes maintenant à l’heure des Açores, soit 2 heures de moins que la France. Mais le décalage le plus fort n’est sans doute pas de cet ordre…
Amitiés et à demain. L’équipage.

Mercredi 26 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 38° 34,15 minutes Nord
Longitude 028° 51,19 minutes Ouest
14 h 30 : mouillage en baie d’Horta.
Depuis Flores une nuit de navigation, et l’arrivée sur Faial en cours de matinée était très jolie, avec en arrière plan le sommet de Pico caché dans son éternel nuage.
L’ancre bâbord est tombée devant l’entrée du port d’Horta en tout début d’après-midi. L’impatience des stagiaires de partir à la découverte de cette terre nouvelle fut aiguisée par les autorités locales, qui ne les ont autorisés à débarquer qu’au bout d’une heure de formalités… Vous avez dit Europe ?
Enfin lâchés en ville, certains se sont promenés au hasard des rues, tandis qu’une équipe d’artistes dirigée par le talent d’Adrien, dessinait une superbe peinture du Belem sur le quai du port de plaisance. Pour ceux qui l’ignorent, il est de tradition aux Açores de peindre sur les quais une trace de son passage. Les quais sont ainsi recouverts de dessins de bateau d’inspiration des plus diverses…
Tout le monde s’est retrouvé au célèbre Peter’s Café Sport le soir, pour un rafraîchissement bien mérité après dix jours de mer… L’ambiance, vous vous en doutez, était au rendez-vous, et tard dans la nuit les chants de marins couvraient la musique de fond…
Amicalement, l’équipage.

Jeudi 27 juin 2002.
4 h 00 : dérapé.
7 h 05 : mouillage baie de Lages (île de Pico).
13 h 50 : dérapé.
Bien rentrés (tard) de chez Peter, nous avons appareillé à 04 h 00 du matin par une nuit toute calme, et longé la côte sud de Pico à petite distance. Au lever du jour, plusieurs cachalots nous ont souhaité la bienvenue à Lages où nous avons mouillé à 07 h 00.
Après un petit déjeuner reconstituant, les stagiaires sont partis en bus à la découverte de l’île et ses impressionnantes haies d’hortensias. Ils ont ensuite pu visiter l’ancienne usine baleinière de Sao Roque puis le musée des baleiniers de Lajes, montrant l’art délicat des pièces faites par des marins avec les dents et les os de cachalot. Certaines, dans les os, sont sculptées et d’autres, dans les dents, remarquablement gravées, ce qu’on appelle le “scrimshaw”. Alexandre avec sa connaissance des Açores et de la chasse baleinière a été le parfait guide de cette matinée.
Nous avons ensuite remis les voiles, malgré les vents Sud-Est qui ne vont pas être pratiques pour rallier Sao Miguel. La vie du bord, un peu tourmentée par l’escale et le contact avec la terre, reprend le rythme des ponceuses, des manœuvres et du petit roulis imprimé par la houle d’Est…
Au moment où nous mettons sous presse, les vents adonnent franchement, venant au Nord-Est… Suspense…
Amicalement, l’équipage.

Vendredi 28 juin 2002.
Position à 12 heures :
Latitude 37° 46,8 minutes Nord
Longitude 025° 49,72 minutes Ouest
Arrivée nuageuse à Sao Miguel, mais à la voile… le pilote s’est fait désirer, ce qui nous a permis de bien voir la jetée extérieure du port. Mis à quai à Punta Delgada à 18 h 00, les stagiaires ont débarqué et ont pris possession de leurs chambres d’hôtel. Pas d’adieux déchirants, puisque nous les reverrons demain…
Amicalement, l’équipage.

Samedi 29 juin 2002.
À quai, Ponta Delgada.
Nous retrouvons nos stagiaires à 09 h 00 à bord, et embarquons tous à bord d’un grand bus. Antonio, notre guide local, nous souhaite la bienvenue dans un français coloré d’un délicieux accent. L’île de Sao Miguel est très belle, verte et fleurie, et nous montons au lac de Furnas, ancien cratère dont l’activité volcanique sert à cuire le pot-au-feu traditionnel dans des marmites enfouies sous la terre. La visite du jardin botanique de Furnas nous donne l’occasion d’un agréable bain dans une piscine d’eau chaude sulfureuse, puis nous dégustons le fameux pot-au-feu dans un restaurant à la décoration des plus sobres… Le retour s’effectue par la côte nord, très belle avec ses hautes falaises. La journée s’est achevée avec la visite du musée de Ponta Delgada, où Alexandre a pu se déchaîner dans la salle des cachalots…
Amicalement, l’équipage.

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