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1995

9. Port-Vendres/Cadix/Nantes

Dimanche 5 novembre.
Il semble que l’idée de Groix se précise, il y a des rumeurs dans les milieux bien informés… Certains semblent considérer cela comme une récompense de fin de saison.
4 heures. Quart. Belle nuit, un peu nuageuse à l’ouest. Johnny a entendu à la radio de la timonerie l’assassinat du premier ministre israélien Itzhak Rabin. Ce conflit religieux et racial, aux racines séculaires, ne finira-t-il donc jamais? Nombreux bateaux dans les parages du cap Saint-Vincent, la pointe sud du Portugal. Cap au 350.
7 heures. Pain au chocolat, c’est dimanche. Beau lever de soleil qui découpe à l’horizon la côte portugaise en violet sur fond orange. Donné un briquet à Johnny.
8 heures. Nettoyage sanitaires.


Eva, stagiaire originaire de Berlin.


Biniou.


Flûte irlandaise.

Il y a deux nouveaux qui sont malades, il est vrai que le bateau roule beaucoup.
Aussi parmi les nouveaux, un jeune couple sympathique mais arborant d’onéreuses vestes de quart flambantes neuves et d’un rouge éclatant. Ça heurte un peu mon sens de l’esthétisme. Si ce genre de veste est sans doute ce qui se fait de mieux à bord d’un morceau de plastique gréé marconi, je trouve que c’est une faute de goût à bord d’un trois-mâts barque centenaire.
Également, une bande de quatres joyeux drilles cinquantenaires, du genre copains de régiment, bons buveurs, qui se croient tout permis lorsqu’ils sont en groupe et loin de leurs femmes.


Un dimanche musical.

Pour finir la rubrique des nouveaux visages, Guillaume, le fils de Plisson, a fait une apparition à 5 heures du matin. Le roulis, dû au changement de cap, l’avait réveillé. Il loge à la dunette et je ne l’avais encore pas aperçu jusqu’alors. Sans doute se reposait-il depuis notre départ. Je catalogue immédiatement le garçon dans la catégorie beau gosse à grande gueule, un peu agaçant à la longue. Trop “voileux” aussi à mon goût.

10 heures. Hissé grand et faux focs, grand voile d’étai, brassé pointu sur l’autre bord. Mais toujours au moteur pour l’instant.


Le pavillon à trois laizes tout juste sorti de la machine à laver.

12 heures. Le commandant vient discuter avec Pierre et moi dans le passavant bâbord. La conversation s’anime et le commandant nous propose de venir prendre un verre dans son salon (événement exceptionnel s’il en est). En passant, il invite le chef mécanicien (son ?teckel?, comme j’ai entendu dire plusieurs fois, ce voulant dire qu’il suit son maître partout). La décoration du salon, qui fait aussi office de bureau, date principalement de l’époque Guinness. Les bibliothèques à portes vitrées font très anglais (genre Chippendale). Deux photos anciennes, un tableau, une grande demi-coque du Belem, un baromètre vertical, une longue vue constituent l’essentiel de la décoration. Le mobilier est à poste de mer. Les sièges sont entravés pour éviter qu’ils ne tournent sur leur axe et tapent le rebord de la table. Nous prenons donc place sur la banquette. Le chef prend un porto, servi dans un joli verre de la Compagnie Générale Transatlantique (CGT), Pierre, un pastis, le commandant et moi, du whisky. La pièce est très bruyante car les moteurs sont presque en dessous.
Une seconde tournée est à peine servie que nous entendons la cloche du second service. Nous arriverons donc avec 20 minutes de retard, les gens se demandant où nous avions bien pu disparaître. Nous ne soufflons bien sûr aucun mot de cet apéritif dominical pour ne pas faire de jaloux.

Pamplemousse hawaïen, entrecôte sauce cognac, frites, ananas meringué flambé au rhum. Ne buvant plus beaucoup depuis une dizaine de jours, les deux whiskys m’ont fait pas mal d’effet. Je suis gai et réchauffé. Le commandant nous parle d’un cimetière à Pamplemousse (île Maurice) où l’on peut s’émouvoir de lire de nombreux noms bretons sur les pierres tombales. Je désigne alors les vestiges de nos entrées et dit “le cimetière de Pamplemousse, mais il est ici devant nous commandant”. Et ce dernier de s’esclaffer bruyamment comme il sait faire.
Le commandant est souvent dans ses souvenirs, ses campagnes à Madasgascar, bref sa jeunesse dans des temps nostalgiques forcéments meilleurs qu’aujourd’hui…. Il nous raconte le beurre qu’on appelait le suif, la Vache-qui-rit, le coin de panneau (fixation des prélarts de panneaux de cale), le Babybel, le savon, etc. (Ces deux fromages se conservant très longtemps, on ne voyait plus qu’eux, avec un peu de dégoût, arriver sur le plateau à fromages en fin de long voyage).
Le commandant appelle ses officiers par leur nom de famille, parfois précédé d’un Monsieur, et bien sûr les voussoie. Pour le bosco, c’est bosco et pour les matelots, c’est le prénom (ça en dit long sur l’esprit de caste dessuet où l’on perçoit une sorte de mépris déguisé en paternalisme).


Baptême. Foc d’artimon, 1992.

15 heures. Je vais me coucher et ne me réveillerai qu’à 17 heures, ratant ainsi la prise de mon quart et le cours sur la mâture du commandant. Pas très grave, j’en connais maintenant l’essentiel.

18 heures 30. J’achète à la boutique du bord (tenue par le second), un t-shirt et un pull.
Jusqu’à 20 heures à la dunette. La Météo est en grève. Avis de coup de vent sur Finisterre.

J’apprends que le commandant envisage une escale en Galice (la Bretagne des Espagnols en quelque sorte).
19 heures. Nous passons à 25 milles au large de Lisbonne. On distingue en effet à l’est une vague lueur orangée dans la nuit, juste à l’horizon.
20 heures. Repas. Asperges, paupiettes, spaghettis.
21 h 15. Couché.

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