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1995

4. Port-Vendres/Cadix/Nantes

Lundi 30 octobre.
Minuit. Quart. Belle nuit. Cap au 250. Nombreuses étoiles filantes. Si l’on se penche au beaupré, on distingue des lueurs dans la vague d’étrave, les millions d’animalcules que nous surprenons dans la nuit et qui répondent par des protestations phosphorescentes.
4 heures 15. Dodo.
7 heures. Petit déjeuner. Beau lever de soleil.
8 heures. Propreté sanitaires.
8 heures 45. Tout le monde à la manœuvre, on met toute la toile. Je boude le cours de navigation, je préfère encore aider aux dernières voiles.
11 heures. Déjeuner. Jambon fumé, feuilleté de saumon et pommes de terre, tarte aux pommes. À peine sorti de table que je découvre qu’ils s’apprêtent à brasser sur le pont. Même pas le temps de digérer. Je me réfugie dans ma bannette, entendant les “hé” graves et sonores du bosco, mêlés des bruits de vaisselle du second service qui se prépare. Peut-être vais-je faire la sieste ou au moins vais-je lire quelques pages de notre cher Manuel du gabier manœuvrier. Je tire mon rideau pour qu’on m’oublie. Quant à dormir, avec le boucan de la manœuvre… Pourvu qu’ils ne se mettent pas à chanter aussi.
13 heures. Volée de cloche du second service. Allez donc dormir…


Enfléchures.


Trafic.


Billy Bud en figure de proue.

13 heures 30. Lorsque je sors, je vois qu’ils ont brassé carré.

Après-midi de farniente sous les voiles par petit vent. Maurice, le charpentier, m’apprend sur le gaillard à faire des œils épissés sur cordage. Pas compliqué.


Sieste à l’ombre.


Grand mât avec grand voile en oreille de lièvre.

Courte sieste au pied du mât de misaine, à côté des claires-voies de la cuisine. Nous naviguons dans le golfe d’Almeria, longeant les côtes montagneuses et sèches de la Sierra Nevada.

Séance de calfatage sur le spardeck. Daniel m’initie à ce travail.


Grand rouf. Charnier.


Grand rouf.


Poupe. Lignes à la traine.


Sous spinnaker.


Compas de relèvement.


Phare masqué.

19 heures. La cloche. Deux grands moments de plaisir sur le bateau : la bouffe et la douche. Au menu, salade tunisienne (sic), escalope de dindonneau sauce forestière, fromage et fruits.
20 heures. De quart. Le quart du bosco. Celui où on ne plaisante pas avec les règles… L’ordre des tiers de chacun (1 h 20) est soigneusement couché par écrit. Je commence donc à la barre en compagnie de Frédéric, un jeune matelot qui doit avoir à peine 19 ans. Il est à bord depuis trois semaines. Il est à la Morbihanaise et a déjà fait un soufrier et des ferries trans-Manche. Nous conversons pas mal. Toujours sous voiles, avec la demi-lune à trois quarts bâbord, la voûte étoilée et la petite brise. Les voiles sont pleines de clarté lunaire. Le silence des moteurs arrêtés est à peine troublé par quelques grincements dans la mâture, au gré du roulis, et le ronronnement du groupe électrogène. Le spectacle est superbe. L’allure est vent arrière, brassé carré, avec la grand voile en oreille de lièvre. Tenir la barre de ce voilier de 58 mètres dans ces conditions est une expérience inoubliable. Le commandant vient d’ailleurs sur la dunette goûter le spectacle. Je laisse le gouvernail au bosco pour prendre mon tiers suivant, à la veille. Spectacle tout aussi magnifique vu de l’avant, avec ce grand phare carré, inondé de lune. Je suis bercé par le tangage qui enfonce et élève l’étrave dans un rythme lent. Nous avançons dans des eaux noires zébrées d’éclats de lumière astrale.
Philip Plisson, le photographe, ne peut capturer ce moment de beauté nocturne. Il vient me rejoindre au gaillard savourer ces instants. Nous parlons longuement de son métier, de la mer et surtout des hommes qui la sillonnent. Il m’apprend que son fils, Guillaume, viendra achever le reportage de Cadix à Nantes. Je lui demande les circonstances de la prise de vue de sa célèbre photo représentant un dauphin surgissant au bulbe d’un gros navire. Nous parlons également de Doisneau et aussi de ses démélés juridiques suite à l’affaire avec Mme Kerguezec.
Mon dernier tiers de quart sera à dispo. Je ferai la ronde de surveillance avec Frédéric : le grand rouf, la cambuse (il y a de quoi tenir un siège), les caisses à eau, la cale centrale avec les caisses à gazole et celles à eaux usées, pour terminer par la salle des machines où un voyant orange éteint signale une fuite électrique (à ce que j’ai compris). Frédéric ira remplir et signer le cahier de veille à la timonerie. Encore quelques moments de rêverie dans le passavant tribord, un café, une banane, une dernière cigarette, puis à 0 h 15, repos bien mérité, à s’endormir en écoutant la mélodie de l’eau glissant contre la coque.
PS. J’ai récolté une sacrée bosse sur le front dans la descente de la cambuse, qui est raide et étroite.
1 heure 15. Réveillé. Ça manœuvre sur le pont.
5 heures. Réveillé. Nous ne sommes plus sous voiles.

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