Équipage
Hommage à Daniel Jéhanno, le bosco du Belem

Il est né en 1943, à Persquen, près de Guémené-sur-Scorff dans le Morbihan.
Adolescent, il est fasciné par les récits de voyage d’un cousin naviguant au commerce et par les nombreux romans maritimes qu’il dévore. Il entre au Centre d’apprentissage de Port-Louis pour devenir officier mécanicien mais “le problème, c’est qu’une fois que j’ai eu mon CAP en poche, je n’avais plus envie de faire marin, car c’est la voile qui m’attirait et pas tous ces bateaux à moteur sans âme. Du coup au grand dam de mon père, j’ai rejoint les copains à Paris, où j’ai d’abord travaillé chez Citroën, avant de devenir chauffeur de taxi”.
Mais son vieux rêve est toujours là, cultivé par ses nombreuses lectures sur les grands voiliers : embarquer, au moins une fois, pour monter dans une mâture et paumoyer la toile. C’est dans une revue, Neptune Nautisme, qu’il trouve une offre d’embarquement d’une semaine sur le brick-goélette irlandais Phoenix. Suivront un stage sur le trois-mâts barque Marquès (*), et une transatlantique sur le Sørlandet au départ d’Halifax.

C’est en septembre 1981, lorsque le Belem arrive à Paris, que la vie de Daniel va basculer. Très vite, il rejoint l’équipe de bénévoles qui participent au chantier de restauration du vénérable trois-mâts. Les travaux vont durer 4 ans. Et en juin 1985, c’est enfin le départ. Le commandant Jean Randier, qui a besoin d’hommes qui ont l’expérience du gréement carré, lui propose d’embarquer pour trois mois. À la grande surprise de Daniel, le commandant le veut comme maître d’équipage.
Bien sûr, il ne peut refuser l’offre… La première campagne du Belem sera l’occasion de l’envoi des nouvelles voiles, de maints réglages dans la mâture, mais aussi de surprises et de déconvenues techniques. Et c’est avec pas mal de travail et d’astuce que le ponton ramené à Paris commence enfin à ressembler au fier yacht de la maison Crouan. L’été 1985 sera riche en souvenirs : la descente de Paris à Rouen, la remise de la mâture en place, le tour de la Bretagne jusqu’à Nantes avec ses nombreuses escales, l’accueil triomphal au port d’attache retrouvé.

Puis, le Belem quitte Nantes pour Lorient où l’on doit faire pendant l’hiver les aménagements de la batterie pour les stagiaires. Il y arrive le 17 septembre. C’est alors que Jean Randier propose à Daniel de rester pour la saison 1986. Daniel refuse d’abord, de peur de perdre sa place de taxi parisien, et il rentre à Paris. Mais l’idée le taraude au gré de ses courses dans les rues de la capitale. D’autre part, il sait que le Belem va sans doute partir à New-York pour le centenaire de la statue de la Liberté. Après avoir parlementé avec la Préfecture pour le maintien de sa licence de taxi malgré un an d’inactivité, il obtient gain de cause en expliquant sa passion. Il peut enfin accepter la proposition de Randier.
Le Belem est parti pour New-York et est revenu à Toulon en août 1986 pour accueillir ses premiers stagiaires. La saison est vite passée et Daniel re-signe pour une nouvelle année… Ce n’est qu’en 1998 qu’il décide de renoncer définitivement au métier de taxi.

Année après année, Daniel accumule une formidable expérience, faite de voyages, de coups de tabac, de rencontres, de bordées et surtout de travail, notamment lors des hivernages. Ayant suivi les débuts du chantier, les premiers essais en mer, c’est la mémoire vive du bateau et personne, aucun commandant, ne peut se targuer de connaître aussi intimement la vieille barque.
En tant que bosco, Daniel est responsable des matelots et dirige la manœuvre. C’est lui qui établit et suit le programme d’entretien courant du navire, du pont à la pomme de grand-mât (tout sauf la mécanique, qui est le domaine du chef mécanicien). La mâture, c’est assurément son royaume : “Le gréement, c’est là que je me sens le mieux. J’aime bien être actif, avoir plein de bouts et de toile autour de moi, grimper dans la mâture. J’ai d’ailleurs refusé d’être nommé lieutenant par équivalence. Je préfère vraiment la vie du gaillard à celle de l’arrière.” Et le pont, c’est un peu sa maîtresse exigeante, pour laquelle il est toujours aux petits soins. Il faut le voir l’œil constamment aux aguets pour la petite tache de galipot ou la couture fatiguée, pour râler sur celui qui le souille ou n’en prend pas soin et activer les troupes de stagiaires à passer la paille de fer avec vigueur… Un beau bateau, c’est un bateau bien tenu.

L’autre grand rôle du bosco, c’est de former les matelots, issus de la Marine Marchande (et même, pendant un temps, des appelés du contingent de la Marine Nationale) aux spécificités du navire, d’en faire de vrais gabiers, et d’initier les stagiaires à la vie du bord et à la manœuvre. Tâches mille fois répétées dont il ne s’est jamais lassé, le plaisir d’apprendre et de transmettre toujours intact. Nombreux sont les anciens matelots et stagiaires qui garde un souvenir ému de cet homme dont chacun ne peut que dire “Daniel, c’est un type bien”. Car c’est aussi ses exceptionnelles qualités humaines qui en font un personnage hors normes. S’il a toujours l’œil sur la moindre fatigue du gréement, il a aussi, d’une manière tout aussi discrète et efficace, l’œil sur les hommes. Et il est toujours là pour le mot ou le geste qu’il faut au bon moment.
D’un naturel taiseux, Daniel préfère ne parler qu’à bon escient. Mais il suffit de le “brancher” sur un sujet de technique maritime, sur l’art de faire des amarrages sur haubans ou des épissures sur câble, pour qu’il devienne alors intarissable, tout heureux de partager ses savoirs.
En 2002, alors qu’il s’apprêtait à mettre définitivement sac à terre, après un petit sursis à bord (“L’Odyssée Atlantique”), je lui demandais ce qui allait lui manquer le plus une fois à la retraite. À ma surprise, il n’a pas répondu le bateau, mais l’ambiance de l’avant (le poste d’équipage) et les gars. Ce qui compte pour lui, c’est finalement davantage les hommes.
Maintenant, il lui reste un vieux rêve à accomplir : devenir un cap-hornier, ce qui deviendra bientôt une réalité grâce à la complicité de quelques anciens stagiaires et matelots. Et il y aura toujours Marine, le petit canot misainier construit à Pont-l’Abbé en 1936 et qu’il a racheté en 1986. “Et puis j’irai faire des stages sur des grands voiliers, il y a encore tant de choses à apprendre”.
Laurent Gloaguen, mai 2003.
(*) Deux-mâts de type brigantine construit à Valence, Espagne, en 1913 pour le commerce des fruits avec les îles Canaries. Restauré au début des années 1970 à Southampton en Grande-Bretagne. Devient navire école. Regréé en trois-mâts barque en 1977 pour les besoins du tournage de la série télévisée de la BBC The Voyage of Charles Darwin où il doit figurer le HMS Beagle. Disparu au nord des Bermudes le 3 juin 1984 lors d’une course de grands voiliers Bermudes-Halifax. Sur 28 membres d’équipage, il n’y aura que 9 survivants.






Félicitations pour votre site qui m’a fait passé un bon moment à la découverte d’une oeuvre salutaire de conservation de notre patrimoine maritime.
Merveilleux navire, merveilleuses aventures......
Merci pour ces récits, je viens de m’apercevoir que ce n’est pas seulement un ’bateau’ que l’on regarde ou détaille lors d’une de ses escales, mais une tranche d’histoire, de vies, de joies et peines, d’une grande humilité.
Alors longue vie et bon vent.
bonjour et bravo pour votre site car je cherchai des photos de ce superbe navire que j’ai tres bien connu pour avoir participe pendant 4 ans a paris a son renouveau et au cote de daniel et d’autres que malheureseument la vie a separe. ayant egalement fait parti du premier equipage du depart de paris et du premier tour de bretagne suivi de l’hivernage a lorient. cela fait plaisir que daniel a suivi sa voix(je l’avait revu a nice lors de leur passage en 199?)
saluer le pour moi, laurent qui etait etudiant a l’epoque, aujourd’hui entrepreneur sur la cote d’azur.
bon vent a tous.
de retour de vacances le 17 aout dernier nous avons eu le bonheur de croiser le BELEM qui attendait toutes voiles dehors de rentrer à DIEPPE
Je n’ai pas bouder le plaisir les conditions étant calme de faire un 360 autour du navire pour immortaliser l’evenement
aujourdhui c’est avec émotion que je viens de lire toutes ses grandes aventures qui m’impose le respect pour ces marins qui l’ont fait vivre
Merci à tous ceux qui ont oeuvrer pour la sauvegarde du BELEM
Nantais de 25 ans, ne connaissant le Belem que de nom, et pour avoir pu l’admirer à Nantes, je me doutais que ce vieux trois mats avait une longue histoire, mais j’etais loin de m’imaginer à quel point elle pouvait etre passionnante et riche de rebondissements. Je ne suis pas specialement un passionné de bateaux, mais je sais apprecier les belles choses et les grandes aventures, le Belem est bien plus que tout ça, merci d’avoir consacré votre site à ce monument historique du monde maritime, bon vent =)
Salutations et félicitations au Bosco du BELEM.
C’est un sentiment d’admiration et peut etre un peu de jalousie que j’éprouve en lisant ces qq lignes.Mais comme quoi rien n’est définitif dans la vie, surtout quand la passion arrive à en etre le moteur(ou la voile).
a dunkerque les feles du belem pensent a toi.et vive cadoudal!
Très touché par l’hommage à Daniel.
En 1985, j’ai fait la traversée Douarnenez-Concarneau sur le Belem, réalisant ainsi un vieux rêve d’adolescent.
Charpentier à Douarnenez, j’avais réalisé pour le Belem 2 caillebotis en acajou et des hiloires aue j’avais mises en place pendant la traversée, car il pleuvait sur les cartes à travers le joint du panneau du toit de la cha,bre de navigation.
J’avais bien entendu emmené mon appareil photo et j’avais réalisé des diapos "acrobatiques" dans le gréement et tout au bout du bout-dehors avec un grand-angle. . . super.
J’ai aussi des photos de Daniel et de Jean Randier, de cette traversée.
J’ai apprécié Daniel au cours d’un stage Saint-Nazaire/Brest en Juillet 2002.
Bravo pour cet hommage à ce formidable marin et grand homme discret et diablement efficace.
Longue vie!!...
Amicalement
Toujours aussi difficile, pour nous marins, de parler de notre vie et des navires, encore plus de celui-là qui fait tant parler et tant écrire.
Un des souvenirs forts de ma navigation est d’avoir eu le privilège de porter le sac de Daniel le 02 août 2002 à son dernier débarquement vers la retraite.
A bientôt Daniel et Merci Laurent.
Je suis navigateur pour la Garde Côtière Canadienne j'aime la navigation à la voile si cela est posible une photo du navire au complet
toute voile.Merci
Bonjour, j'ai 12 ans et je suis trés intéréssée par les voiliers, et j'aimerais voir le dernier bateau Français de la marine marchande construit en bois . J'aimerais recevoir quelques photos de ce navire . Par avance merci .
A trés bientot
Johana
Bonjour,
Je suis de tours et ma famille est originaire de Bretagne (morbihan).
Y a t'il un lien ?
Je ne sais pas, mais cela me paraît probable. j'invite donc Daniel à prendre contact avec moi à l'email indiqué.
Merci d'avance,
Bernard
BONJOUR LAURENT JE SUIS EN CONTACT AVEC DANIEL QUI CHERCHE A TE JOINDRE POUR TE PARLER DU CAP HORN MERCI DE TE METTRE EN CONTACT AVEC LUI
AU 02 98 96 71 29
SALUT A+
Trés ému de découvrir à 64 ans la site de Daniel Jéhano, d'autant que mon père, Henry JUNCA, au début du siècle,(le 20 ème!)avait été mousse sur le BELEM.
J'ai conservé précieusement en souvenir un tableau en relief de ce superbe 3 mâts barque dont la voulure, m'avait-il précisé, est faite en os d'albatros.
J'aimerais pouvoir retrouver les traces de son service mais je ne sais à qui m'adresser.Il a fini sa carrière en 1955 pilote de la Gironde.
T. 05 56 88 23 00 bernard.junca@la poste.net
Par avance merci!
je vous encourage pour votre embition d'aimé la mer autant que vous moi j'ai jamais eu l'objectif de naviguer un bateau je vais apprendre
j aime les maquettes des navire tout type.
si possible avoir des maqettes.cargo,tanker,...etc
envoyer message au: riadniva@yahoo.fr
( merci )
j aime les maquettes des navire tout type.
si possible avoir des maqettes.cargo,tanker,...etc
J'ai eu l'immense bonheur de naviguer sur le Belem 4 années de suite(1998-1992)en compagnie de Daniel Jéhanno et du Commandant Cornille, deux hommes haut en couleurs et pourtant si différents.
La vie vous donne parfois la chance de rencontrer des personnes étonnantes, eh bien moi, en plus d'aventures fantastiques, mes stages ont été l'occasion de rencontres humaines inoubliables.
Merci à vous 2, bonne "retraite" et bon vent.
J'ai été stagiaire durant 1 semaine sur le Belem en juin 1987, et depuis je ne vois plus la mer ou les reportages maritimes à la télé de a même manière.
C'est toujours avec fierté que je parle de mon séjour sur le Belem.
Je l'ai encore vu ce 26 mars 2006 dans le port de Nice et je le trouve toujours aussi beau.
Merci à tous ceux qui le maintiennent à Flot.
Bon vent.
Il y a déjà quelques temps que je n'avais fait un tour par ici, sur votre site. Je suis content de voir que vous y êtes toujours. Un bel univers. Je vais sûrement écrire un article sur vous dans mon blog. Les témoignages des gens qui ont côtoyé votre monde marin m'inspire de belles images.
Merci!
http://lavergne.blogspot.com
Ma mère née à Nantes porte comme nom de jeune fille CROUAN. Je pense que Fernand CROUAN devait être son... arrière grand-père ! Le père de ma mère était sculpteur, il est mort dans les bombardfements de Nantes lors de la seconde guerre mondiale.. Ma mère est décédée l'an dernier et ne m'a jamais parlé de l'aventure du Bélem... J'ai appris ce dont je vous parle en regardant récemment un reportage télévisé sur le Bélem, il y a deux ou trois jours de ça...Ce qui m'a donné envie de faire des recherches sur le net.Merci de ce merveilleux site sur le Bélem où j'ai appris plein de choses..!
Bonjour,
Je suis lycéen, et pour un devoir J’aurais besoin des petites histoires « autour des nœuds »
Je connais celle de la chaise
« Je sors du puits, je fais le tour de l'arbre et j'entre à nouveau dans le puits. »
Mais pour un exposé il m’en faudrait beaucoup plus !
Quelqu’un peut il m’aider ? Cela serait super sympathique !
A+ Jean-Daniel
A belle ile en mer, les iliens seront toujours fiers de voir se croiser le Belem et le Vindilis. Lors de sa prochaine visite ne croisera-t-on pas le Belem à coté du Bangor....un autre page d'histoire." A bientôt vieux loup de mer... Nous t'attendons tous avec impatience".
I am happy to see that the Belem is cared for so well. It is clear that the work is hard and yet it is done with care.
I would like to also do some of the work. How can I be a part of the Belem's Crew?
~Cory
J'ai fait plusieurs stages sur le Belem avec Daniel. Ce que j'ai le plus apprécié chez lui c'est sa patience avec les stagiaires et sa chaleur humaine. Patience d'ailleurs nécessaire envers les néophytes que nous sommes.
Mes félicitations les plus admiratives pour votre site ... J'ai eu le privilège de faire un stage sur le Belem avec Daniel Jéhanno, sous le commandement de Marc Cornil, autre figure légendaire de notre trois-mâts chéri ... J'ai pu admirer le professionnalisme et le charisme de ces deux personnes .....